Publié le jeudi 25 décembre 2025 - Diocèse de Cahors
Noël, jeudi 25 décembre 2025.
– Homélie de Mgr Laurent Camiade :
Les lectures du matin de Noël nous parlent de la Parole de Dieu. « Le Verbe s'est fait chair » dit l'Évangile. Dieu « a parlé par les prophètes » et puis « il nous a parlé par son Fils » dit la lettre aux Hébreux, et Isaïe contemple la beauté des « pas du messager de la bonne nouvelle ». Tout cela pourrait sembler suspect car nous vivons à une époque où la parole et les discours sont omniprésents avec les moyens de communication sophistiqués qui occupent l'espace mais où chaque phrase, chaque élément de langage doit être questionné, vérifié car il pourrait être un outil de manipulation ou un mensonge, une infox, une fake-new —fausse nouvelle… un libraire me disait récemment que les livres-témoignage ne se vendent plus comme avant, les gens ne croient plus les témoins auto-proclamés, trop d'entre eux ayant été discrédités par la suite. C'est vrai dans la société et c'est vrai dans l'Église aussi : quand quelqu'un prétend dire ce qu'il vit, on le suspecte, on n'y croit plus, il y a eu trop de scandales.
Comment, alors, nous réjouir de la bonne nouvelle de Noël ? Pouvons-nous discerner la beauté des pas du messager de la paix et du salut, pouvons-nous croire ce messager dont l'itinéraire émerveillait avec sept siècles d'avance le prophète Isaïe ? Jésus-Christ, désigné par l'évangile de Jean comme le Verbe fait chair, bénéficie-t-il encore d'un crédit ? Peut-on le croire ? L'évangile désigne Jean-Baptiste comme témoin de crédibilité du Verbe fait chair. Cela montre bien que ce n'était déjà pas simple à l'époque. D'ailleurs le même évangile précise au sujet de Jésus-Christ : « il est venu chez lui et les siens ne l'ont pas reçu » (Jn 1,11). Même après ses miracles, même après sa mort et sa résurrection, il y aura toujours des doutes, des infox comme celle élaborée par des prêtres juifs qui paieront les gardes pour dire que ses disciples sont venus et ont enlevé le corps du tombeau (cf. Mt 28,12-15).
Ce problème de la crédibilité de la parole et du témoignage n'est donc pas nouveau. Mais essayons au moins d'entendre ce message des lectures de ce jour qui insiste sur le fait que la Parole de Dieu est venue parmi nous, que Dieu veut nous parler et que, pour cela, il s'est incarné. Le Verbe éternel de Dieu s'est fait chair.
Le « Verbe », c'est peut-être un mot abstrait pour nous. Le « Logos » mot grec traduit par « Verbe » génère pourtant de nombreux mots de notre vocabulaire : logique, biologie, anthropologie, archéologie, écologie, mais aussi criminologie, idéologie, etc. On traduit ce suffixe « logie » qui vient de « logos » par « discours sur ». Mais la traduction par le mot « Verbe » est sans doute plus fidèle à la signification voulue par saint Jean. En effet, il y a quelque chose de plus originel dans le mot Verbe que dans le mot discours. Dieu ne fait pas des discours. Il est capable de toucher les intelligences en un seul instant. Il nous fait comprendre qui Il est par un contact avec Lui. La rencontre avec Jésus, le Verbe de Dieu fait chair n'a pas besoin de construire un raisonnement, elle fait « tilt » en un instant, même si elle n'est jamais achevée. La question de Noël, à savoir comment vivre la fête de Noël ? ne peut pas être le résultat d'un baratin. C'est un cœur qui s'ouvre et se laisse toucher… ou pas. « Il est venu chez lui et les siens ne l'ont pas reçu » dit saint Jean. Ils ne se sont pas laissés toucher. « Mais à tous ceux qui l'ont reçu, Il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom » (Jn 1,12). Voilà l'effet de l'Incarnation du Verbe. Le Verbe s'est fait chair, ce qui nous donne le choix d'y croire et de devenir nous aussi des enfants de Dieu, des êtres humains habités par le Verbe, autrement dit capables nous aussi d'être, comme Jésus et grâce à Lui, des messagers de la Paix.
Peut-être beaucoup d'entre nous se disent qu'ils ne savent pas prier, qu'ils ne savent pas comment entrer en contact avec Dieu et se laisser toucher par son Verbe qui illumine nos intelligences. Or, ce n'est pas plus compliqué que ce que dit l'Évangile, il suffit de faire un acte de foi, c'est-à-dire de dire à Jésus du fond du cœur : « je crois en ton nom ». On entre de cette unique façon dans la prière et on y reste de cette unique façon : en décidant de croire en sa présence, de croire que même si nous ne voyons pas Dieu il est là et il nous aime. Le Verbe s'est fait chair pour nous faire connaître cette proximité de Dieu et pour la réaliser concrètement. Depuis la naissance de Jésus à Noël, Dieu partage concrètement la vie des hommes, il nous accompagne dans notre vie, que nous y pensions ou pas. Jésus a vécu pleinement une vraie vie humaine, depuis sa naissance à Noël jusqu'à sa mort sur la croix pour habiter notre condition humaine, pour rester proche de nous. Après sa résurrection il dira à ses disciples, avant de disparaître à leurs yeux définitivement : « je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde » (Mt 28,20). Cette parole qui sont les derniers mots de Jésus sur la terre, est comme la clé de compréhension de ces mots de saint Jean : « le Verbe s'est fait chair » et de toute la vie de Jésus qui a inscrit dans l'histoire cette incarnation du Verbe éternel. Dieu, Parole éternelle, n'appartient pas à l'histoire mais Il est venu habiter l'histoire des hommes. Il est là avec nous, tous les jours jusqu'à la fin du monde où nous le verrons alors de nos yeux. Pour l'instant, ce sont nos décisions de croire —nos actes de foi— qui nous permettent d'approfondir ce contact avec Dieu.
Pour approfondir cela, nous avons les Écritures, la bible, ces textes que nous n'avons jamais fini de comprendre car ils ne constituent pas un discours figé ni un enseignement technique mais ils nous touchent, ils rejoignent notre vie et nous parlent du message originel de Dieu. Ils nous révèlent le sens de notre existence, sa valeur, sa signification et son but. Et nous avons aussi les sacrements comme le baptême qui nous a faits enfants de Dieu et l'eucharistie que nous célébrons en nous rappelant que Jésus est né dans une mangeoire car il s'est fait notre nourriture, une nourriture vitale pour que notre existence ne se vide pas de sa vérité.
La prière, au sens de ce contact vivant avec le Verbe que je viens d'évoquer, n'est pas réservée à une élite de moines initiés mais elle peut faire partie de la vie de tout être humain. Saint Jean le dit très clairement : « Le Verbe était la vraie lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde » (Jn 1,9). Il n'est pas nécessaire de préciser que la formule « tout homme » englobe autant les femmes que les hommes car tout le monde sait que beaucoup plus de femmes s'adonnent à la prière et plus nombreuses sont les mystiques féminines que masculins. Mais justement, tout homme englobe les genres et aussi toutes les cultures, toutes les époques. Ce qu'il y a de meilleur dans toutes les religions provient de cette lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Le message de Noël, nous le voyons tous, éclaire tout le monde, on se laisse toucher et attendrir par cette crèche, par ce message de paix, par cette lumière de l'étoile qui est encore très souvent placée dans les rues de nos villes même les plus laïques. Il n'y a que quelques esprits grincheux qui ne veulent pas voir de crèches. Mais leur acharnement suggère qu'ils ont peur de se laisser toucher eux aussi. Le Verbe est « la vraie lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde ».
Ce qui nous empêche de percevoir cette lumière spirituelle, cette lumière intérieure, ce sont nos occupations multiples, nos distractions, le rythme effréné de nos vies et les bruits incessants du quotidien. Il suffit de s'arrêter, de chercher le silence et de poser une décision de foi pour retrouver Dieu et goûter la joie de sa présence. Chers frères et sœurs, en ce jour de Noël, laissons Dieu toucher nos cœurs, posons un acte de foi et acceptons que ce contact avec le Verbe nous transforme en profondeur et nous rende capable de plus d'amour, de bonté, de pardon et de rayonnement simple.
Amen.
+ Mgr Laurent Camiade,
Evêque du diocèse de Cahors