Église Saint-Barthélémy

A l’angle de la tour du pape Jean XXII, à droite en haut du boulevard Gambetta, se dresse une discrète église paroissiale, St Barthélémy. On ne la découvre que peu à peu car elle se cache entre la rue de la barre par laquelle on quittait Cahors, et la falaise qui domine la boucle du Lot. De l’extérieur, elle paraît ordinaire, mais la découverte de son élégant clocher toulousain gothique donne envie de faire un pas vers l’intérieur. Elle a longtemps porté le nom de St Etienne des Soubirous (« de superioribus », « des quartiers hauts »), et quand la cathédrale a pris pour patron St Etienne, elle s’est confiée à son second patron St Barthélémy. On connaît bien Etienne, moins Barthélémy. Nathanaël bar Tolmai est un des douze apôtres, un jeune homme studieux et discret qui se consacrait à l’étude de la Torah. C’est dans cette occupation que Jésus l’aperçoit. « Je t’ai vu quand tu étais sous le figuier » lui dit-il ; un peu plus tard, il dira de lui « Voilà un homme à la parole droite. C’est un vrai fils d’Israël ». Barthélémy suit Jésus, et après la résurrection il partira évangéliser les Indes ? l’Arménie ? la géographie de l’époque a quelques incertitudes. Il y mourra martyr écorché vif comme le rappelle le tableau central du triptyque de la nef.

   L’église en très mauvais état a été reconstruite par la famille Duèze à l’époque du pape Jean XXII (1320-1337) qui y avait été baptisé. Pour en faire un édifice plus vaste, on a dû renoncer à l’orienter comme c’est la coutume : en effet elle était prise entre la falaise et un retranchement des remparts. Une seule chapelle, dont les peintures ont été redécouvertes lors d’une restauration dans les années 1970, nous offre de beaux témoignages du XIVᵉ siècle. Mais l’église va suivre les vicissitudes de l’époque : elle est pillée lors de la guerre de 100 ans, puis des guerres de religion. Henri de Navarre et ses troupes campent sous les murs de Cahors, on lui ouvre la porte, les huguenots pillent st Barthélémy, profanent la sainte coiffe à la cathédrale. Henry devenu roi et catholique enverra de l’argent pour se faire pardonner, mais l’église subira deux siècles de misère, jusqu’à la contre-réforme avec l’arrivée comme évêque du bienheureux Alain de Solminhac. De cette époque datent une partie des tableaux, exécutés par une famille de peintres italiens les Cayre-Castell, l’élégante chaire en bois sculpté, œuvre d’un artisan cadurcien et l’escalier qui monte à la tour, escalier de bois qui s’enroule autour d’un pilier central, et ne porte que sur son propre poids, une pièce rare. Plusieurs tabernacles, reliquaires et autels rappellent le 17ᵉ siècle. Elle sera souvent remaniée et jamais terminée : elle n’a pas de chœur, les piliers est et ouest sont dissemblables. Elle possède aussi un orgue romantique à l’état d’origine, que l’on peut entendre à la messe de 18H le samedi soir.

   Ce mélange est loin de donner une impression de confusion. Au contraire, il y règne une atmosphère de paix – on nous parle souvent de « bonnes ondes ». Elle est à l’image de notre église vivante, toujours en construction. Chaque siècle, chaque réforme y a laissé sa marque. Tous les jours de 15h à 16h30 des bénévoles accueillent touristes ou pèlerins. On les invite à découvrir nos petits trésors, on les oriente vers d’autres joyaux de Cahors, on les aide parfois à trouver un logis, on les écoute se confier et déposer un chagrin, avant de reprendre la route. L’église c’est d’abord l’assemblée d’un peuple divers. La nôtre porte la trace de neuf siècles de la vie de l’église. Entrez. Vous vous y sentirez chez vous pour un moment de fraîcheur ou de recueillement.