REGARD DU PÈRE ACHILLE WAFFO, RESPONSABLE DU SECTEUR
Le secteur pastoral des 3 Vallées-Arpajon vu par le Père Achille Waffo, responsable du secteur
Père Achille : Je dirais d’abord que ce projet pastoral n’est pas un document de plus. Il est né d’une écoute réelle des fidèles, des équipes, des mouvements, des services, et il porte donc quelque chose de notre histoire commune.
Ses trois priorités — vivre la fraternité, prendre soin de la jeunesse, nourrir la vie spirituelle — restent très justes.
Elles touchent le coeur de notre mission. Sur le contenu, je suis confiant : nous avons une boussole claire. Sur le rythme, je suis plus attentif. Nous avons bien lancé des initiatives, mais il faut éviter que le projet pastoral reste seulement dans les mots ou dans quelques événements. Il doit peu à peu irriguer nos choix, nos réunions, nos liturgies, nos accompagnements, notre manière de travailler ensemble. Le défi est aussi de ne pas nous replier chacun sur notre groupement paroissial. Le secteur pastoral n’est pas seulement une organisation pratique : c’est un lieu de communion et de mission. Il nous permet de mettre en commun nos forces, de porter ensemble nos fragilités et de discerner plus largement les appels de l’Esprit. Le projet pastoral réussira s’il devient un réflexe partagé.
Père Achille : Je regarde Jeunesse 3 Vallées comme une grande grâce pour notre secteur. Ce groupe n’est pas simplement une animation pour jeunes. C’est une communauté qui cherche, qui prie, qui sert, qui grandit, avec ses joies, ses fragilités et ses questions. Beaucoup de jeunes y trouvent une place, notamment des catéchumènes, des confirmands, des néophytes ou des jeunes adultes qui veulent vivre leur foi autrement. Mon rôle n’est pas de tout contrôler. Il est d’accompagner, de soutenir, de donner confiance, de veiller à l’enracinement ecclésial et spirituel.
Les jeunes ont besoin qu’on leur fasse confiance, mais aussi qu’on les aide à durer, à discerner, à ne pas confondre enthousiasme et mission. Concrètement, cela suppose une équipe stable autour d’eux, des adultes référents, des liens avec l’aumônerie, le catéchuménat, les paroisses, les services.
Je souhaite que les jeunes ne soient pas seulement invités quand on a besoin d’eux, mais qu’ils soient associés à la vie de l’Église comme des acteurs à part entière. Ils ne sont pas seulement l’avenir de l’Église : ils en sont déjà le présent vivant.
Père Achille : La solidarité n’est pas une activité annexe de l’Église. Elle est au coeur de l’Évangile. Le Christ s’identifie aux pauvres, aux malades, aux prisonniers, aux étrangers, à ceux qui ont faim. Une communauté chrétienne qui ne se laisse pas toucher par la détresse humaine perd quelque chose de sa fidélité au Christ. Je rends grâce pour les initiatives déjà portées dans le secteur : collectes alimentaires, marche contre la faim, attention aux détenus, liens avec le CCFD-Terre Solidaire, présence auprès des personnes fragiles. Il faut maintenant consolider ces actions, mieux les faire connaître, et peut-être les articuler davantage entre elles.
Je vois trois pistes. D’abord, développer une véritable culture de la solidarité dans toutes nos communautés, pas seulement lors des temps forts. Ensuite, créer davantage de passerelles entre les générations, notamment avec les jeunes de J3V, qui ont déjà montré une belle sensibilité à la fraternité concrète. Enfin, relire spirituellement ces engagements : servir les pauvres n’est pas seulement faire du bien, c’est rencontrer le Christ.
La charité devient mission quand elle est portée ensemble, dans la durée, avec humilité et fidélité.
Père Achille : Je porte un regard très positif sur ces initiatives. Elles montrent qu’il y a dans notre secteur une soif spirituelle réelle. Beaucoup ne veulent pas seulement “venir à la messe” ; ils veulent apprendre à prier, à lire la Parole de Dieu, à adorer, à confier leur vie familiale, à vivre une foi plus intérieure. C’est une grande chance, car notre projet pastoral insiste justement sur la vie spirituelle.
Une Église vivante ne peut pas se contenter d’organiser des activités. Elle doit être enracinée dans la prière. Sans vie intérieure, nous nous épuisons vite ; avec le Christ, même les engagements les plus simples deviennent féconds.
Je souhaite surtout que ces initiatives ne restent pas isolées. Elles peuvent devenir, ensemble, un réseau spirituel pour tout le secteur.
Père Achille : L’augmentation du nombre de catéchumènes est une joie immense, mais elle nous oblige à nous convertir. Nous ne pouvons plus accompagner les adultes et les jeunes comme si leur nombre était marginal. Le catéchuménat devient aujourd’hui un lieu central de la mission.
La première chose est de ne pas réduire les catéchumènes à des “demandes de sacrements”. Ce sont des personnes que Dieu appelle, avec une histoire, des blessures, des questions, une soif. Elles ont besoin d’un accompagnement personnel, fraternel, ecclésial. Concrètement, il nous faut renforcer les équipes d’accompagnement, former davantage les accompagnateurs, mieux articuler catéchuménat adulte, catéchuménat adolescent, J3V, liturgie et vie paroissiale. Il faut aussi penser l’après-baptême.
Trop souvent, on accompagne bien jusqu’à Pâques, puis les néophytes se retrouvent seuls. Or leur intégration durable dans la communauté est essentielle. Le Concile provincial nous aidera précisément à travailler cette question : accueillir, accompagner, discerner et intégrer les nouveaux chrétiens. Dans notre secteur, je souhaite que ce soit une priorité pastorale majeure des années à venir.
Père Achille : Saint Corbinien est une figure magnifique pour notre secteur, parce qu’il relie enracinement local et élan missionnaire. Il est associé à notre terre d’Arpajon, mais son rayonnement l’a conduit bien au-delà, jusqu’en Bavière. C’est très parlant pour nous : être enracinés ici, dans les Trois Vallées, tout en gardant un cœur missionnaire. Pour renforcer sa notoriété, il faudrait d’abord mieux raconter son histoire. Beaucoup de fidèles connaissent son nom, mais pas vraiment sa vie. On pourrait imaginer une page régulière dans ED3V, une exposition itinérante dans les églises, une catéchèse pour les enfants et les jeunes, ou encore une conférence grand public. Il serait aussi intéressant de faire de sa fête un rendez-vous de secteur, simple mais visible : messe, procession avec la bannière, bénédiction des acteurs pastoraux, temps fraternel.
Saint Corbinien pourrait devenir un point d’unité pour nos communautés. Enfin, pourquoi ne pas développer davantage les liens avec Freising ou avec des lieux marqués par sa mémoire ? Ce serait une manière concrète de montrer que notre petite histoire locale s’inscrit dans la grande histoire missionnaire de l’Église.
Père Achille : Mon appel serait très simple : ne restez pas spectateurs de la vie de l’Église.
L’Église n’est pas l’affaire de quelques responsables ou de quelques personnes toujours disponibles. Elle est le corps vivant du Christ, et chacun y a sa place. L’année de l’Appel nous rappelle que Dieu continue d’appeler : à la foi, au service, à la prière, à la fraternité, à l’engagement, parfois à des vocations particulières. J’aimerais dire à chacun : demandez-vous simplement où le Seigneur vous attend. Peut-être dans une équipe liturgique, auprès des jeunes, dans la catéchèse, la solidarité, l’accueil, la visite des malades, l’accompagnement des familles en deuil, la prière, l’entretien d’une église, la communication, l’économie, ou simplement dans une présence fraternelle plus fidèle. Il ne s’agit pas de tout faire. Il s’agit de répondre à un appel précis, humble, réaliste, mais vrai. Une communauté devient vivante quand chacun accepte d’apporter sa part. Alors, mon appel est celui-ci : osez dire oui. Même un petit oui peut ouvrir un grand passage.
Père Achille : Je tire d’abord un bilan de gratitude. Cette année a été dense, parfois exigeante, mais très riche. Nous avons vu le projet pastoral prendre forme, les jeunes se mobiliser, les catéchumènes grandir en nombre, les mouvements et services poursuivre leur mission, la vie spirituelle se développer, la solidarité s’exprimer concrètement. Tout cela dit quelque chose de la vitalité de notre secteur. Mais je vois aussi des points d’attention. Nous devons apprendre à mieux travailler ensemble au niveau du secteur, à mieux communiquer, à mieux relire ce que nous vivons, à éviter l’épuisement des personnes engagées. La mission ne peut pas reposer toujours sur les mêmes épaules. Pour l’année à venir, je souhaite donner trois impulsions. D’abord, approfondir la vie spirituelle : prière, adoration, Parole de Dieu, formation. Ensuite, consolider l’accompagnement des jeunes, des catéchumènes et des néophytes. Enfin, renforcer la communion de secteur, pour que nos paroisses ne cheminent pas côte à côte, mais vraiment ensemble.
Je crois profondément que Dieu ouvre un passage dans les Trois Vallées. À nous de l’accueillir avec foi, humilité et audace.
Pour Echos des 3 Vallées
